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Charles Robin et la pêche
Natif de l'île anglo-normande de Jersey, Charles Robin est mandaté par la société Robin, Pipon and Co. pour repérer un site propice à l'établissement d'un comptoir de pêche. Au printemps 1766 lors d'une expédition de traite dans la Baie-des-Chaleurs c'est à Paspébiac que Charles Robin découvre un environnement qui fera la bonne fortune de sa destinée : la qualité du havre protégeant les navires, le vent sec qui balaie le site d'ouest en est, le déglacement hâtif des rives sont des avantages qui lui permettront de devancer la concurrence. Dès l'année suivante, à peine âgé de 23 ans, Robin s'installe sur les lieux et s'adonne à un commerce diversifié, fondé en grande partie sur le troc de marchandises variées. Malgré la concurrence de marchands anglais de Québec, son entreprise demeure rentable mais les troubles qui éclatent entre les colonies américaines et l'Angleterre perturbent ses activités et minent ses profits de façon significative. Découragé, il retourne à Jersey après que des corsaires aient pillé et incendié son comptoir. La paix rétablie, Robin revient à Paspébiac en 1783 en tant que directeur d'une nouvelle société : la Charles Robin Company. Renouant avec ses anciens clients, il relance ses activités en choisissant cette fois-ci de se concentrer seulement sur le commerce de la morue salée séchée. Pour solidifier les bases de son établissement, il fait construire des résidences, des « cookrooms pour les pêcheurs et les graviers, des entrepôts pour le sel, des ateliers de réparation, etc. En 1791, Robin ouvre à Paspébiac un chantier naval qui le rendra autonome à l'égard des transporteurs de Jersey et d'Angleterre. À peu près à la même époque, il implante des succursales à Percé et Grande-Rivière, dont il acquiert la seigneurie. Grâce à ses appuis politiques et à son mode de gestion basé sur un système de crédit marchand, il étend rapidement son contrôle sur la quasi-totalité des activités de pêche de la région. C'est donc une entreprise en santé qu'il laisse à ses neveux Philip et James Robin, lorsqu'il quitte définitivement Paspébiac en 1802. Les livres de comptes, la correspondance et quelques plans nous donnent une bonne idée de la croissance exceptionnelle de la compagnie au début du XIXe siècle jusqu'aux années 1870. Au cours de cette période, ses exportations de morue salée séchée grimperont de 15 000 à quelque 60 000 quintaux. Ses bateaux sillonnent les côtes et vont accoster en Europe, au Portugal, en Espagne, en Grande-Bretagne, en Italie, dans les Antilles et au Brésil pour livrer leur cargaison de « salt fish » d'avril en juin, de « green fish » en juin et juillet et de « new fish » de juillet à novembre. La Robin embauche alors plusieurs centaines de pêcheurs et autres employés. Elle crée de nouveaux établissements de pêche et de commerce à
À partir des années 1870, le commerce de la morue salée séchée en Gaspésie commence à donner des signes de déclin. La compétition farouche de nouveaux marchés, la faillite de la Jersey Banking Co, les changements au niveau des techniques de conservation, la naissance des coopératives de pêcheurs sont des facteurs qui contribuent à la fermeture définitive ou la restructuration de ces sociétés mères. La Charles Robin Company est alors devenue en 1910 la Robin, Jones and Whitman. L'entreprise gigantesque diversifie davantage ses activités et ouvre une série de magasins généraux le long de la côte gaspésienne, au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse
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